jeudi 17 juillet 2014

Je reviendrai avec la pluie de Takuji Ichikawa

J'étais un pingouin qui volait dans le ciel. Je m'étais élevé à sa suite jusqu'à des altitudes inespérées. Je m'étais rapproché des étoiles. Et de là-haut les choses sales et laides qui encombrent la Terre, toutes les choses qui troublent le cœur ressemblaient à une magnifique tapisserie.C'était le bonheur. Puis elle a disparu, et je suis redevenu un pingouin ordinaire.


Si vous ne lisez que ces lignes;

Un roman léger et joli, un brin fantastique sur une famille japonaise dont la maman est décédée. Nous parlant de son quotidien romancé avec humour, l'auteur démontre qu'un amour tempéré peut-être aussi pure et fort qu'une passion...


Takuji Ichikawa

Né à Tokyo le 7 octobre 1962. Il est diplômé du département d'Economie de l'Université Dokkyo.  
 
Son premier roman, Séparation, a été publié en 2002.   

En 2003, plus de trois millions de lecteurs japonais tombent amoureux de Je reviendrai avec la pluie. Suite à son immense succès, le livre a inspiré un film et une série télé encensés par la critique adaptés par la chaine TBS, ainsi qu'un manga sacré best-seller.
Il officie également comme scénariste pour l'adaptation de ses livres, tels que Sono toki wa kare ni yoroshiku (2007), Tada, kimi wo aishiteru (2006) (tiré du roman "Renai shashin: mouhitotsu no monogatari") et Ima, ai ni yukimasu (2004).


Le pitch

L'amour peut-il être éternel ? C'est ce dont est persuadé Takumi, homme maladroit et angoissé, qui doit élever seul son fils de six ans, Yûji, depuis la mort de sa femme, Mio. Une année est passée et, comme elle le lui avait promis, Mio réapparaît miraculeusement au premier jour de la saison des pluies. 

Mais celle-ci a tout oublié de sa vie avec son mari. Durant six semaines, comme suspendues dans le temps, Takumi va donc l'aider à démêler les fils de leur amour et, doucement, laisser naître une nouvelle histoire.

Fortement autobiographique, bien que sa femme ne soit pas décédée, Takuji Ichikawa défend dans Je reviendrai avec la pluie une vision idéalisée de l'amour et met au service de cette histoire bouleversante une écriture d'une sensibilité rare, poétique et pleine de fantaisie.

Voici ce que je me suis dit quand Mio est morte.
Celui qui a créé notre planète n'en a-t-il pas conçu une autre en même temps, quelque part dans l'univers ?
La planète où vont les défunts.
La planète Archive.




 Ce que j'en ai pensé

Notre époque est bercée de romances passionnelles où seuls les débuts d'histoires sont évoqués, shoots d'endorphines garantis... Que penser alors d'un roman sur la fin d'une histoire d'amour, raisonnable et sans remous ? Une fois le dégrisement opéré, le couple est il ennuyeux ou bien réside-t-il dans la routine le merveilleux ? C'est à cette ascèse que nous invite Takuji Ichikawa dans son roman; retrouver le gout du peu qualitatif, ces petits riens proches de ce qui fait battre les cœurs aux premiers regards.

Takumi et Mio sont deux êtres raisonnables. Posés et réfléchis, ils ont construit leur amour de la même façon; en prenant leur temps et en ne disant que des paroles emplies de sens et d'émotions. Rien n'est superflu dans leur amour; tout y est intense, semblable a un souffle retenu. 

De leur amour est né un petit garçon: Yuji. Véritable trait d'union entre ses parents il possède tout à la fois le sérieux pondéré de sa mère et la poésie maladroite de son père. En amoureux des boulons et autres pièces métalliques, c'est avec plaisir qu'il se rend toutes les semaines en balade avec son père à une usine désaffectée se trouvant en pleine foret.

Mio est morte depuis un an. Seules ses paroles "Je reviendrai avec la pluie" font tenir ses deux hommes. Mio réapparait un jour de pluie devant le pan de mur du bâtiment numéro 5 de l'usine désaffectée. Elle a tenu parole. Mais est-ce bien elle ? Sa mémoire envolée sème le doute, du moins chez le lecteur, tout en permettant un renouveau de sa relation avec son fils et son mari.

Se servant du thème classique dans la littérature japonaise du fantôme du conjoint défunt, l'auteur nous livre un magnifique roman pudique sur sa relation à sa femme et son fils. Tout y est léger, délicat et poétique, forçant le lecteur vers une finesse des sentiments bien éloignée des explosions sentimentales dont l'on nous abreuve régulièrement... 

Les réflexions du narrateur, Takumi, personnage angoissé et certainement hypocondriaque, sont drôles et profondes tout à la fois, formant une introspection continue sur fond d'autodérision. Collectionnant les phobies et problèmes de santé, Takumi est un piètre employé et un mauvais homme de maison tout en étant un père touchant et attentif. Rares sont les romans parlant des pères, et la plume de Takuji Ichikawa retranscrit à merveille la vie du père et du fils qui tentent de e tenir à flot bon-grès malgré. 

Ce roman est, pour bien des raisons, d'une immense tendresse. C'est peut-être bien là son plus beau message; la tendresse, l’attention portée à l'autre par-delà soi-même, est peut-être bien le véritable sens de l'amour que l'on confond bien trop souvent avec une possession d'autrui.

Forçant le lecteur à un tempo plus lent et plus dense, le début de lecture de ce roman peut-être malaisé. J'ai, pour ma part, mis une vingtaines de pages à entrer dans l'histoire, à me synchroniser sur la plume de l'auteur. Une fois ce cap passé, c'est une bouleversante histoire qui m'a submergée. 

Car ce roman, bien que délicat, possède la puissance d'une lame de fond. Petit prince pour adultes, Mio pourrait bien être le renard à apprivoiser et Yuji la rose...

Mais je ne vous en dirais pas plus; je vous laisserai découvrir les attachants personnages secondaires, Monsieur Nombre et Pooh: seule sa lecture pourra vous faire ressentir tous les trésors que recèle Je reviendrai avec la pluie.

Le parfum de ses cheveux, si nostalgique.
Je ne puis offrir de comparaison, ni le désigner autrement que par « cette odeur ». Tel un message intime, qu’elle ne transmettrait qu’à moi.
Un message unique au monde. 

En résumé


Les plus :
  • Une très belle histoire de couple, d'amour et de parents,
  • un humour et une poésie servant un texte profond et pudique,
  • un roman du quotidien vu par un papa,
  •  un aspect fantastique servant la magie de l'histoire.
Les moins :
  • une légère difficulté à rentrer dans le roman,
  • des répétitions pouvant parfois agacer mais procédant de la rythmique du récit. 


- Oui, toi. Toi, qui ne ressembles à personne d'autre. Mon petit prince anglais.
- C'est qui ça?
- Un petit quelqu'un qui a toujours le nez qui coule, qui aime collectionner les déchets inutiles, et qui a pour habitude de demander "Vraiment?" à tout bout de champ.
- Vraiment? 



En conclusion

Un très beau roman faisant l'éloge du simple et beau dans les couples, vu par un papa un peu paumé mais drôle et attachant. Une leçon de vie exhortant à embrasser les petits riens de la vie qui font les grandes histoires.


« Bonjour », « bonne nuit », « délicieux ! », « Ça va ? », « Tu as bien dormi ? », 
ou encore « Viens ici », c’est dans tous ces mots sans importance que réside l’amour.


Cités dans cet article :

 


mercredi 16 juillet 2014

Dimension W de Yuji Iwahara



            
Trop tard ! 
Le mauvais alignement des dimensions a causé une éruption !

 

 

Si vous ne lisez que ces lignes;

Un manga au dessin faisant beaucoup penser à cowboy bebop, très agréable visuellement mais ayant également un univers, des personnages et des intrigues secondaires très attrayants ! 





Yuji Iwahara

Yûji Iwahara est originaire de l’île d’Hokkaido. Il sort d’ailleurs diplomé de l’école des beaux arts d’Hokkaido, section graphisme et design. Il commencera sa carrière professionnelle en tant que designer et chef de projet au sein de la société de jeux-vidéo Hudson. C’est finalement en 1994 qu’il fera ses débuts de mangaka, dans le magazine Afternoon des Editions Kodansha. À noter que, cet auteur très influencé par le comics américain, a dessiné une histoire (intitulée Quest) pour l’éditeur Marvel aux Etats-Unis. Parmi les dessinateurs japonais, Yuji Iwahara se distingue par sa très faible utilisation des trames : il préfère privilégier les grands aplats de noirs, et poser ses ombres à la main.

1996 : Hebi ()
1997 : L’Œil du loup (狼の瞳, Ōkami no Hitomi)
1998 : Tetsu no Seiki (鉄の世紀)
1999 – 2000 : Koudelka (クーデルカ, Kūderuka), adaptation du jeu vidéo Koudelka
2000 – 2002 : Le Monde de Misaki (地球美紗樹, Chikyū Misaki)
2002 – 2005 : Le Roi des ronces (いばらの王, Ibara no ō)
2004 : Hyōchaku buttai X (漂着物体X)
2005 : Yōkoso! Meitō yanagi no yu (ようこそ! 名湯柳の湯。)
2006 : Keita no tsuri (ケイタの釣り)
2006 - 2008 : Nekoten! (学園創世 猫天!, Gakuen Sōsei: Nekoten!)
2009 - 2011 : Darker than Black: Shikkoku no Hana (漆黒の花-) 
2011 - 2014 en cours : Dimension W (ディメンション ダブリュー)



Le pitch

2072. L’humanité a enfin trouvé la solution à tous les problèmes d’approvisionnement en énergie. Les coils, des bobines électromagnétiques qui fournissent des ressources inépuisables, ont relégué batteries et autres câbles au rang d’antiquités.
 
Kyoma Mabuchi, lui, a tourné le dos à cette technologie révolutionnaire. Amoureux des bonnes vieilles voitures à essence, il préfère passer son temps à bricoler ses bolides. Pour gagner sa vie, ce chasseur de primes d’un genre nouveau s’est spécialisé dans la récupération des coils illégaux, qui, détournés de leur usage de base, peuvent se transformer en armes redoutables… 

Alors qu’il enquête sur deux petites frappes des bas quartiers, son chemin croise celui de Mira, une mystérieuse prisonnière dont le destin semble intimement lié aux coils. À ses côtés, Kyoma va vite découvrir que cette technologie miraculeuse pourrait bien conduire l’humanité à sa perte…



 Ce que j'en ai pensé

Avouons-le d'emblée, je ne suis pas une spécialiste des mangas; à peine en ai-je lus quelques uns adolescente, bien que je connaisse un peu les grands classiques et principalement leurs adaptations en animés. De ce mangaka je ne connaissais rien donc, mis à part darker than black, adapté en anim' et que j'avais beaucoup apprécié, et c'est avec plaisir que j'ai découvert l'univers de Dimension W.

C'est donc à une plongée au pays des livres qui se lisent à l'envers que j'ai eu droit grâce à l'opération Masse critique mise en place par Babélio en partenariat avec les éditions Ki-oon, et je les en remercie.

L'histoire se déroule au sein de la ville entourant le central 47, située au Japon. Un central est une territoire autonome ayant en son sein une tour. Chaque tour mesure en moyenne 1300 mètres et sert à stabiliser l’énergie provenant de la dimension W et a surveiller les coils en circulation. Il existe en tout 60 tours sur toute la surface de la terre formant une sorte de maillage. Tout ceci est géré par les employés de Tesla energy, et les villes les entourant (les centrals) sont habitées principalement par les employés de cette megacorporation. Kyoma Mabuchi, le personnage principal, est un récupérateur de coils illégaux. Dangereux, ceux-ci peuvent générer des incidents dimensionnels.

La technologie des coils, extrapolée à partir des recherches de Tesla, est environnée de mystères. L'idée de Yuji Iwahara de rattacher la technologie à l'origine de l'évolution technologique et sociale de son univers aux travaux de Nikola Tesla amène un ancrage dans le réel et une caution scientifique permettant de supprimer de longues et pénibles explications détaillées  et un immédiat sentiment qu'il n'y a pas "que ça" aiguisant la curiosité du  lecteurEn effet, Tesla, à l'image de l’œuvre de Jules Verne, est synonyme d'aventures et de curiosité scientifique. De plus, tout deux sont les figures de proue du mouvement steampunk en vigueur actuellement et ayant atteint le quartier de Harajuku de Tokyo, bastion des cosplayers...

Le passé de Kyoma, mais également l'existence de Mira, l'étrange jeune-fille cyborg dont il se retrouve affublé, ainsi que d'autres personnages secondaires tels que Loser y sont reliés et c'est sans s'en apercevoir que la plongée dans cet univers passionnant se fait par leurs biais. 

Cette société est une extrapolation de ce que serait un monde régit par une logique administrative et entrepreneuriale poussée à son extrême. C'est le second point que j'ai aimé dans ce manga. En effet, sous-jacente à l'histoire générale, Yuji Iwahara propose une véritable réflexion sociale dans Dimension W. Le tome 2, par exemple, y montre un système éducatif basé sur des points qu’accumulent les enfants par leurs notes et bons comportements grâce à un bracelet. Ces points peuvent également être enlevés, générant des dégâts sur leurs places futures dans la société, l'école où ils sont placés et même sur le quartier résidentiel de leurs parents... Aucune erreur n'est pardonnée et l'enfance se résume à une cotation des futurs adultes qu'ils sont. Réflexion marxiste poussée à son paroxysme, sur l'homme-machine, objet appartenant à la société en tant que future ouvrier; l'homme et le robot se rejoignent donc dans leur destin, et la question de leur différenciation se pose déjà... On y retrouve là des questionnement menés par d'autres mangaka sous de multiples angles; AppleseedErgo proxy ou Elecktric angels

La troisième couche de réflexion amenée notamment par le tandem Kyoma-Mira est celle de la place de la technologie dans la vie des humains. Qu'est qui définit l'humanité ? A partir de quel moment les humains cessent d'être maitres de leurs vies et sociétés quand des tâches de plus en plus importantes échouent aux mains des intelligences artificielles ? L'on y voit là un évident rattachement aux thématiques du mouvement cyberpunks et l'on ne peut que penser à Blade runner  ou plus récemment au très touchant Hinokio dans les films, mais encore à La fille automate de Paolo Bacigalupi dans la littérature sf. Ces thématiques sont également classiques dans les mangas: Ghost in the shell, Evangelion, Gunmn, Armitage ou Chobits  en sont des exemples patentés...

Le décalage de Kyoma, amoureux des vielles voitures fonctionnant à l'essence et rejetant tout objet fonctionnant grâce aux coils, accolé à la mignonne Mira (dont on peut rapprocher le look de nombreuses héroïnes, de Chii de Chobits à Miku Hatsune des vocaloids en passant par Sailor Chibi Usa (Camille de sailor moon) fonctionne parfaitement.Sous leurs modes de fonctionnement différents l'on sent de même valeurs communes; gentillesse, soucis des autres et justice, bien que Mira représente la fraicheur innocente et Kyoma l'expérience parfois un peu cynique.

Les dessins sont fluides et beaux, ce qui permet une plongée dans l'histoire immédiate et un réel plaisir de lecture. Malgré certaines cases un peu trop petites pour le nombres d'éléments présents, l'action est fluide et clairement lisible bien que certains passages mériteraient de plus grandes cases... Le découpage en sous-chapitres des tomes est agréable et donne le sentiment de lire plusieurs épisodes à chaque opus. Je trouve cependant dommage de s’être limité à quatre tomes car cet univers et ces personnages auraient mérité un plus large développement...Mais la frustration de ce petit nombre de tomes est signe de qualité et de plaisir de lecture !

Dimension W reste un excellent manga malgré ses trop peu nombreux tomes (!!), abordant divers thèmes certes classiques dans ce genre littéraire, mais explorés sous des angles originaux dans un univers riche et original.

Bel objet aussi bien dans le contenu que dans l'apparence soignée, j'ai également apprécié les touches de peinture fluorescente de la couverture; signe d'un soin esthétique poussé.

 

 

En résumé


Les plus :
  •  Un univers original et passionnant,
  • des personnages riches et attachants,
  • une réelle profondeur dans le traitements des thématiques abordées,
  • un trait très beau et un design caracters attrayant.
Les moins :
  • Seulement quatre tomes !
  • des cases parfois un peu trop petites pour leur contenu.

 

 

En conclusion

Un manga proposant un univers original aux nombreux mystères, servi par un très beau dessin et des personnages principaux attachants. Touchant à de nombreux thèmes typiques des manga seinen de science-fiction, l'auteur nous en présente une lecture originale et enrichissante. Un vrai coup de cœur !

 

 

Cités dans cet article :





 




dimanche 13 juillet 2014

L'ivresse du kangourou de Kenneth Cook

Dans ces régions-là, on peut tricher, mentir, escroquer, se débaucher et agresser les gens: on finira par tout vous pardonner. Mais voler le chien d'un homme appelle l'hostilité implacable et la vengeance. C'est presque aussi mal vu que de refuser de boire un coup avec quelqu'un. 
 
 

Si vous ne lisez que ces lignes;

Une plongée dans l’Australie profonde, aux frontières du farfelue et de la culture fermière de l'intérieur des terres. Un joli recueil de brèves de comptoirs au pays des kangourous... 
 

Kenneth Cook

Kenneth Cook (1929-1987) fut un journaliste australien prolifique, réalisateur, scénariste, personnalité de la télévision et romancier connu pour ses œuvres tel que Wake in Fright, qui est encore imprimé cinq décennies après sa première publication, ainsi que les aventures du tueur humoristique de la trilogie Koala
 
dans la banlieue de Sydney Lakemba, Cook a étudié à Fort Street High School. Après avoir quitté l'école, il travaillât en Australie dans de nombreux emplois, y compris technicien de laboratoire, journaliste et documentariste télévision ou opérateur de hangar
 
En 1966, l'homme d'affaires Gordon Barton et Cook ont fondé un nouveau parti politique, le Groupe libéral réformiste. Cook a été farouchement opposé à la guerre du Vietnam, et se tint (sans succès) comme candidat GRL pour le siège de Parramatta dans l'élection fédérale de 1966
 
En lépidoptériste amateur passionné, Cook a créé la première ferme de papillons en Australie sur les rives du fleuve Hawkesbury de Sydney dans les années 1970
 
Cook a été marié à Patricia Hickie, avec qui il  eu quatre enfants, Megan (une écrivaine de style journalistique, surnommée Gressor), Kerry, Paul et Anthony. Lui et Patricia ont par la suite divorcé. Kenneth Cook est mort d'une crise cardiaque en 1987, âgé de 57 ans, lors d'un voyage de camping avec sa seconde épouse, Jacqueline Kent. Patricia Cook est morte subitement en 2006; sa fille Megan Gressor est morte de complications postopératoires en 2007, âgée de 52 ans; son plus jeune fils Anthony, un éminent avocat qui était bien connu pour son travail avec les Australiens autochtones s’est suicidé en Avril 2009.
 
Plusieurs de ses romans ont été adaptés pour le petit écran. Wake in fright a été filmé en 1971 par Ted Kotcheff, mettant en vedette Donald Pleasence et Gary Bond (distribué sous le titre Outback en Europe et aux États-Unis). Stockade a été filmé par Ross McGregor et Hans Pomeranz, également en 1971. En 1976, The Bushranger a été adapté dans un téléfilm, mettant en vedette Leonard Teale, John Hamblin et Kate Fitzpatrick
 
Cook a également écrit un épisode de l'aventure de la série pour les enfants australiens TV Les Rovers (1970).
En 2007, le roman de Cook The Man Underground a été adapté en feuilleton radiophonique par ABC Radio nationale.

Une interview audio de 72 minutes avec Cook par Hazel de Berg a été enregistré en 1972, dans laquelle il parle de sa famille, son travail pour la ABC, ses entreprises dans la production de films et ses romans. L'entrevue est conservée dans la collection de la Bibliothèque nationale d'Australie. Les droits d’auteur de Cook sont gérés par Curtis Brown.


Le pitch

Il y eut une longue pause, durant laquelle Benny émit de petits bruits de bouche compatissants, et enfin le kangourou ouvrit ses deux yeux injectés de sang. Je vous jure qu'à cet instant, il a grimacé... Puis il bondit soudain par-dessus la palissade et partit comme un bolide vers la brasserie. 

Que faire face à un kangourou qui a pris goût à la bière ? Peut-être pas le poursuivre à travers toute la ville pour le mettre en état d'arrestation... sauf chez Kenneth Cook dont les mésaventures trouvent toujours une issue aussi hilarante qu'absurde. 

Une simple partie de voile dans la baie de Sydney, un séjour forcé dans une cabane en compagnie d'un rat, la présence d'inoffensifs lézards à bord d'un avion, tout devient homérique! 

 
 Ce que j'en ai pensé
Vous avez déjà tendue l’oreille pour écouter indiscrètement l’histoire racontée au comptoir d’un bar ? Une de ces histoires qui font sourire en raison des éléments fantastiques mais qui possède suffisamment d’éléments issus du réel tangibles pour semer le doute ? 

C’est  un recueil de ces fabliaux de bar pmu que nous propose kenneth Cook.  Prenant la posture et le ton du descendeur de canons, il nous abreuve de ces courtes histoires qui, toujours, sont arrivées au narrateur ou a un de ses proches même à la millième transmission.

Autour du bar, comme avant autour d’un feu, se réunissent les conteurs en herbe, affabulateurs malicieux, pour moitié convaincus de la véracité de l’histoire qu’ils ont entendue d’un autre et vous vendront comme la leur. Inscrites dans une culture éloignée de nos troquets, l’auteur nous raconte ses scénettes en provenance du bush et du pays du kangourou, faisant évoluer ses personnages dans des villages perdus ou au milieu d’une faune étrange faite de kangourou ou de lézards siffleurs à collerette…  Amoureux des terres lointaines vous voici  entré dans un bar de crocodile Dundee ! 

Dans la droite lignée des griots, gousanis, bardes et autres aèdes, l’auteur nous conte des histoires emplies de cette sagesse malicieuse populaire. Ainsi, le beau chevalier est-il atteint d’une tare ridicule, le fier à bras s’avère être un grand sensible, l’étourdit est roué justement, la sensibilité populaire prend le pas sur la logique du droit et des sciences, et les gens du communs entourloupent les nantis... 

Histoire faisant du bien aux rêveurs les moins bien lotis, faisant rire les ouvriers du patron, ou espérer les moches d'une juste répartition des tares... 

Ironiques, parfois tendres, ses courtes nouvelles sont toutes habitée d'un temps et de lieux étranges, borderlines, nous amenant à découvrir une Australie éloignée des cotes et de ses surfers. Kenneth Cook, guide asocial, chétif et maladroit mais ayant de nombreux amis, nous embarque dans ses péripéties rocambolesques et farfelues à la rencontre de l'Australie profonde des bush et de sa faunes et flore. Les animaux étranges, paysages dépaysants et personnages hauts en couleurs tiennent une place prépondérante dans ses nouvelles.  Issues de sa vie ou de son imagination, la frontière est trouble et importe peu; le dépaysement est au rendez-vous ainsi que les éclats de rire... 

Rapides à lire, indépendantes les unes des autres, drôles et dépaysantes, ces nouvelles sont une lecture idéale pour les bords de piscines et les serviettes de plages. Par de nombreux points, l'écriture de Kenneth Cook m'a fait pensé à celle de Dino Buzzati, bien qu'il ne s'éloigne pas autant de la réalité que celui-ci. Mais la morale de certaines histoires, les personnages étranges et originaux qu'il nous fait rencontré, ainsi que le principe de ballades et aventures lui arrivant au cour de rencontres amicales m'ont fait se rapprocher ces deux auteurs dans ma bibliothèque, en maitres de la nouvelles qu'ils sont tout deux. 

 Faisant la vie dure a ses personnages qui sont autant de doubles de lui-même, se moquant des institutions et des bons sentiments, c'est d'un rire parfois acide mais jamais cruel (quoi que) que Kenneth Cook nous dépeint une face méconnue de son pays. En cela également l'on peut rapprocher Cook de Buzzati.

Première découverte de cet auteur, c'est avec plaisir que je plongerai dans d'autres ouvrages de cet affabulateur malicieux! Laissez-vous  donc embarquer dans la loufoquerie d'une Australie profonde  avec Kenneth Cook, vous ne serrez pas déçus du voyage !

J'ai un jour été piégé douze heures d'affilée dans les Snowy Mountains, à jouer au plus fin avec un rat mangeur d'hommes, à l'intérieur d'une cabane coupée du monde par une tempête de neige.


En résumé

Les plus :
  • Une découverte fabuleuse de l'Australie profonde et de sa faune et flore,
  • des  nouvelles courtes et drôles faciles à lire,
  • des chutes toujours inattendues,
  • une morale populaire sympathique. 
 Les moins: 
  •  Une inégalité de qualité entre les textes réunis, 
  • des chutes d'histoire laissant parfois sur sa fin (notamment celle du chien et du chat géants).
 

En conclusion

Un agréable moment de détente à la découverte du bush Australien dépeint par un protagoniste affabulateur malicieux, qui fait tout son charme. Drôles, cyniques, fantastiques, toutes les nouvelles se lisent indépendamment et sont idéales pour les après-midi farniente et les lecteurs avides d'évasion ayant peu de temps.  Un réel bon moment de lecture léger et divertissant. 

Cités dans cet article :