samedi 6 décembre 2014

La petite fille qui aimait la lumière de Cyril Massarotto

Mais non, je suis bien ce vieillard qui essaie d’oublier le compte à rebours. Pourtant, si je remonte l’horloge, je sais que j’ai bien vécu. Je n’ai pas tout fait, mais j’ai fait beaucoup. Surtout, j’ai fait l’essentiel : j’ai aimé. Voilà ce qui compte, voilà ce que, grâce à la fin de la guerre, tu pourras faire de ta vie : aimer et être libre. Le reste, ce n’est que des secondes vides, qui se perdent. 

Si vous ne lisez que ces lignes;

Une jolie fable sur l'amour et l'espoir, sur ce qui garde les cœurs et les rêves  hydratés. Véritable coup de cœur, je l'ai lu (dévoré) en une soirée. Poétique, simple et vrai, ce petit bijoux est une caresse au milieu d'une tempête, l'éclat de rire d'une enfant survivante soignée par un vieil homme rongé par la solitude...
 

Cyril Massarotto 

Né en 1975, Cyril Massarotto vit à côté de Perpignan.

Il a longtemps écrit des paroles de chansons pour son groupe, Saint-Louis, avant de se sentir à l’étroit dans l’exercice. Écrivant des chansons depuis l'âge de 17 ans, il ne se lance dans l'écriture romanesque qu'une quinzaine d'années plus tard. Sa rencontre avec la littérature fut plutôt tardive, mis à part L' Etranger de Camus qui a profondément marqué son adolescence, et c'est à 24 ans qu'il se découvre une passion pour les belles-lettres, qu'elles soient classiques ou contemporaines.

Il passe donc à la vitesse supérieure en 2006, et se lance dans l’écriture. Un an plus tard, alors qu’il surfe sur le net dans un bain bien chaud, une phrase résonne dans sa tête : « Dieu est un pote à moi ». Il sait alors qu’il tient son roman. Un premier roman hilarant, sensible et juste, qui a tout simplement le goût de la vie. Celui-ci recevra le Prix Méditerranéen des Lycéens en 2009.

Depuis, Cyril Massarotto à écrit une dizaine de romans comportant tous une sagesse teintée d'humour.

Instituteur puis directeur d’une école maternelle, Cyril Massarotto a décidé en 2008 de se consacrer à l’écriture et à la musique.

Le premier oublier, ed. XO, 2012, (roman) 
La petit fille qui aimait la lumière, éd. XO, 2011 (roman).
Je suis l'homme le plus beau du monde, éd. XO, 2010 (roman). 
100 pages blanches, éd. XO, 2009 (roman).
Dieu est un pote à moi, éd. XO, 2008, rééd. Pocket, 2009 (roman).

Un dossier complet pour découvrir cet auteur par ici

Le pitch

Barricadé dans sa maison au cœur d’une ville déserte, un vieil homme prend des risques fous pour recueillir une petite fille blessée.

L’enfant ne parle pas, elle ne prononce qu’un mot : Lumière, elle qui a si peur du noir. Alors le vieillard parle, il lui raconte la beauté de la vie d’avant, les petites joies du quotidien, son espoir qu’on vienne les délivrer. 

Il lui enseigne la possibilité d’un avenir, quand elle lui offre de savourer le présent.

Elle vit les larmes qui tremblaient au coin de ses yeux. Aussitôt la chaleur du bol remonta en un flot de douceur le long de ses bras, pour se répandre en elle comme une onde exquise, apaisant peu à peu son corps tout entier.
C'en était fait: la peur l'avait quittée. 



Ce que j'en ai pensé


Un jour, les autres ont attaqué. Sans préavis, ils ont massacrés, violés, torturés, tous ceux qui se trouvaient sur leur chemin, détruisant une civilisation en un jour. Un jour de pluie, traumatique, pour le vieil homme...  

Les autres, jamais décrits, ont donc attaqué un pays, une civilisation, une humanité qui ressemble à la notre, avec ses quartiers pavillonnaires et ses supermarchés. 

Seul survivant de son quartier, barricadé dans son appartement, le vieil homme voit un jour surgir dans sa vie une enfant sale et joyeuse quasi muette ne pouvant prononcer qu'un seul mot; lumière. 

Ayant grandi dans les égouts au milieu d'autres gamins survivants, Lumière découvre avec joie le monde de "Monsieur Papi", dernier bastion de confort et de civilisation. Loin des règles tribales cruelles que se sont créées les gamins des égouts, elle découvrira auprès de ce vieux monsieur la douceur et les joies de l'enfance.

Voici donc un huis clos forcé, vécu avec beaucoup de bonheur par ces deux être que tout semble opposer au premier abord.  Rappelant par moment la spontanéité de La vie est belle, avec de beaux morceaux d’insouciance au milieu de l’effroi, La petite fille qui aimait la lumière est une ode à la vie, à la légèreté du bonheur, en toutes circonstances .  

Ayant déjà lu Dieu est un pote à moi et Je suis l'homme le plus beau du monde de Cyril Massarotto, je savait par avance que j'aimerai certainement ce roman-ci, notamment grâce à la plume simple, efficace et résolument moderne de l'auteur mais également pour le ton décalé, intercalé même entre farce et leçon de sagesse, signe distinctif de l’écriture de Cyril Massarotto . Cependant je ne m'attendais pas à une histoire aussi gracile et fragile qu'une stalactite de glace au petit matin, à une telle justesse de ton évitant le pathos et la caricature, ni à une évocation aussi forte de la violence et de la barbarie sans jamais vraiment les nommées.  c'est donc un petit bijou que signe Cyril Massarotto, comportant une ampleur de ton et une poésie soupçonnées mais jamais encore dévoilées dans ses précédents ouvrages qui sont les éléments forts de ce roman.  

J'ai apprécié le flou laissé par l'auteur sur le lieu, l'époque et la nature des autres. Cela m'a permis une totale immersion dans la vie de ses deux personnages, ainsi qu'une grande empathie avec  la terreur  ressentie au sujet des autres. En favorisant le ressenti et la mémoire de ses protagonistes, Cyril Massarotto rend encore plus prégnante une atmosphère anxiogène sans pour autant en faire un élément premier de son récit, évitant les écueils de trop longues et fastidieuses explications qui auraient alourdies le texte.

L'alternance des chapitres sur les deux personnages induit également une focale sur leur relation faite de rencontres à divers étapes et degrés. Peu à peu, chacun apprend de l'autre sur soi-même, se construit en reflet et grandit dans une relation épanouissante malgré le contexte terrifiant.

Les autres donc, à différents degrés ; la famille, le groupe social, les barbares : qui doit être l'autre face à qui nous nous construirons ? C'est la question que semble poser La petite fille qui aimait la lumière. Recherche de la chaleur et de la lumière affective ou intellectuelle, matérielle, d'un ventre remplit ou hygiénique d'une bonne douche, tout passe donc par l'autre, que ce soit la relecture d'un passé traumatisant ou la découverte de la parole, éléments fondateurs de la relation à l'autre. Véritable fable du rapport à l'autre, il est d’ailleurs intéressant que l'ennemi si craint soit nommé "les autres"...

C'est parti comme cela,sans aucun signe avant-coureur,d'une seconde à l'autre,tout a basculé:la vie douce un instant,puis,l'instant d'après, les cris et la mort,à chaque coin de rue,partout où je regardais,un autre était en train de massacrer un homme,une femme ou un enfant.  

En résumé

Les plus : 
  • une écriture simple, drôle et pleine de poésie,
  • des personnages touchants et lumineux,
  • un monde post apocalyptique traité en ellipse.
Les moins :
  • il n'existe pas de tome 2 !


En conclusion

Un joli roman dans un style auquel l'auteur ne nous avait pas habitués et qui lui va fort bien. 
Joyeux, lumineux, les personnages et les scènes s'enchaînent en nous entrainant dans une ode à la joie de vivre. Un livre qui fait bu bien !

 Qu'il est bon de rire .Qu'il était bon d’être heureux. Depuis quand la petite n'avait-elle pas ri? A quand remontait la dernière fois ou cette enfant s'était sentie assez légère pour se laisser aller ainsi ? J'avais l'impression de la voir découvrir le bonheur... 

Pour aller plus loin 

Humanium

UNICEF

Droits des enfants

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